LA MUSIQUE EN ISLAM – LA BOITE#6

AVIS SUR LA MUSIQUE DU GRAND MUFTI ET SHAYKH D’AL-AZHAR (Shaykh Jad al-Haq Ali Jad al-Haq)

-> Biographie du Cheikh : http://www.islamophile.org/Sheikh-Jad-Al-Haqq

Traduit de l’arabe par Shaykh Michael Mumisa Alimiyya (Dar al-Ulum al-Islamiyya), BA Hons., MA (RAU), MPhil (Birmingham), PhD candidate (Newcastle).
Conférencier: Université de Birmingham

Jouer du tambourin et d’autres instruments de musique lors d’occasions spéciales est autorisé sans divergence.

Ecouter de la musique, participer à des rassemblements musicaux et étudier la musique de tout genre ou les instruments est permis tant que ce n’est pas accompagné d’actes immoraux et mauvais, ou bien utilisé comme un prétexte pour inciter les gens à avoir des comportements haram (interdits), et que ça ne tient pas la personne éloignée de ses actes d’adoration obligatoires (al-wajibat).

Il a été posé la question au Shaykh Jad al-Haq Ali Jad al-Haq à travers une lettre publiée dans le magazine Mimbar al-Islam (The Muslim Platform/Pulpit) Numéro 217 année 1980 à propos du jugement de la Sharia sur la musique qui n’est pas accompagnée de toutes les choses généralement associées à la musique. Cette question avait été initialement présentée à un groupe d’experts et de savants qui se sont rencontrés pour discuter de cette question mais ils n’avaient pas réussi à se mettre d’accord sur un statut juridique. Ils étaient divisés en 2 camps : ceux qui considéraient cela permis et ceux qui voyaient la chose comme étant interdite (haram).

 Quand la lettre lui fût envoyée sa réponse fût la suivante :

Ibn al-Qaysarani a cité dans son livre al-Sama ou L’écoute (Ligne 31, p.63 publié par the Supreme Council for Religious Affairs l’année 1390AH-1970CE et édité par Ustadh Abu al-Wafa al-Maraghi) la déclaration de l’Imam al-Shafi’i (fondateur de l’école de jurisprudence shafé’ite) disant que : Les sources principales (de la Loi Islamique) sont le Quran et la Sunna. Celui qui ne peut trouver de réponse dans ces sources alors il peut utiliser le qiyas (la déduction par analogie) à partir d’elles. Si un hadith a été transmis à travers une chaîne ininterrompue depuis le Prophète et s’il est prouvé que cette chaîne est également authentique alors ce hadith est qualifié de sunna. L’Ijma’ (le consensus) est plus fort qu’une tradition/narration transmise à travers une chaîne unique, et le sens apparent et manifeste (Zahir) sera pris en considération avant les autres significations. En d’autres termes si un hadith a plus d’un sens possible alors le sens apparent (ou littéral) sera pris en compte en premier et il lui sera donné la préférence sur les autres significations. Si 2 ahadith ou plus sont les mêmes alors celui avec la chaîne de transmission la plus forte sera placé en premier. Une tradition avec une chaîne interrompue n’est pas acceptée sauf celles rapportées par Ibn al-Musayyib.

Il a également été cité dans le même livre (Ligne 31, p. 63 et publié par the Supreme Council for Religious Affairs l’année 1390AH-1970CE édité par Ustadh Abu al-Wafa al-Maraghi) : concernant l’écoute des instruments de musique (al-qadid et al-awtar) également connus comme taghyir ou taqtaqa, il n’y a aucune différence entre l’écoute de l’un d’entre eux ou des autres puisque nous n’avons trouvé aucune preuve authentique ni même une preuve faible sous la forme d’une tradition (athar) pour prouver qu’elle serait ou bien permise ou bien interdite. En fait les savants du passé (the mutaqadimun) ont considéré l’écoute de ces instruments de musique permise puisque, par principe (dans la Loi Islamique) toute chose est d’abord considérée permise tant qu’une preuve irréfutable provenant de la sharia (Quran et sunna) ne prouve le contraire.

Par conséquent, le statut juridique concernant toutes les sortes d’instruments de musique est la même. Il n’existe pas une seule preuve tirée de la sharia pour prouver qu’ils seraient soit autorisés ou bien interdits. Il ne peut être établi ni prouvé qu’aucune des traditions qui ont été transmises et rapportées pour prouver que les instruments de musique sont interdits (haram) remonterait jusqu’au Prophète et cela a été l’école de pensée et la position dominante parmi les gens de Médine (ahl Madina) (ou l’école Malikite). Ils sont unanimement d’accord qu’écouter les instruments de musique est permis. De façon similaire, les ahl al-Zahir (littéralistes) ont basés leur avis sur le principe de la permission (que toutes les choses sont jugées permises tant qu’une preuve tirée du Quran et de la sunna ne prouve le contraire).

Concernant les instruments à vent (mazamir) et les autres instruments (malahi), un certain nombre de traditions authentiques (ahadith) ont été rapportées pour prouver que les écouter est permis (voir la même source cité auparavant, p.71). L’autorisation d’écouter de ces instruments peut également être prouvée par le verset: « Et quand ils entrevoient quelque tijara (convoi de marchandises/commerce) ou quelque lahw (divertissement avec des instruments de musique) ils s’y dispersent, et te laissent debout. Dis : « Ce qui est auprès d’Allah est meilleur que lahw et (meilleur) que le commerce, et Allah est le Meilleur des Pourvoyeurs » (Sourate 62 Al-Jumu’a : verset 11). Le commentaire de ce verset a été fourni à travers une narration rapportée par l’Imam Muslim (dans son Sahih) au chapitre de la prière du Vendredi (bab al-jumu’a) d’après Jabir Ibn Samra que le Prophète avait l’habitude de faire ses sermons debout, puis il s’asseyait avant de se relever pour continuer son sermon. Quiconque vous dit que le Prophète faisait son sermon assis est un menteur. Et j’ai bien prié plus d’un millier de prières derrière le Prophète ! Dans une tradition rapportée d’après un autre Compagnon Jabir Ibn Abdullah : une fois le Prophète faisait le sermon du Vendredi en étant debout et tout à coup une caravane venant du Sham (Levant) s’est approchée. La foule est allée au-devant de la caravane et seuls 12 hommes sont restés avec le Prophète. Immédiatement après cela un verset fût révélé. Al-Tabari a aussi rapporté le même hadith de Jabir mais dans sa version il a le rajout suivant: A chaque fois qu’ils célébraient un mariage ils (les gens de Médine) jouaient des instruments de musique et cela divertissait l’assemblée du Prophète et certains membres de l’assemblée la quittait pour rejoindre la célébration. C’est pourquoi le Prophète se tenait toujours debout lorsqu’il faisait ses sermons. Dans ce verset Allah les réprimande pour leurs actions.

Ibn al-Qushayri déclare également (p. 72 de la même source) : Dans ce verset Allah a regroupé lahw (le divertissement avec des instruments de musique) avec tijara (le commerce) en utilisant la particule grammaticale wa (et) ce qui signifie que la règle et le statut qui s’applique à l’un d’entre eux doit s’appliquer à l’autre puisqu’ils sont regroupés ensemble. Nous savons qu’à l’unanimité les Musulmans s’accordent sur le fait que tijara (le commerce) est autorisé. Du coup, dans ce verset le Quran maintient le status quo concernant le statut des instruments de musique puisqu’ils faisaient partie des traditions et de la culture arabe avant l’Islam. Il serait invraisemblable de suggérer que le Prophète ait pu interdire les instruments de musique (avant que cet incident ne survienne) et que pourtant, quand la troupe de musique est passée près de la porte de la Mosquée, Allah ait choisit de ne pas révéler un seul verset à ce moment précis pour statuer clairement sur l’interdiction (haram) des instruments de musique et de la musique mais qu’au lieu de cela Il ait choisit de sermonner sévèrement et réprimander (itaab) les gens qui ont laissé le Prophète debout pour partir écouter la troupe de musique. Il est également impossible d’imaginer que le Prophète ait choisi de ne pas statuer clairement à travers la sunna sa règle sur la musique après cet incident du Vendredi.

Par conséquent, la règle sur la musique ou les instruments de musique sera basée sur le principe de la permission (en d’autres termes nous savons que la musique était permise et nous n’avons aucun verset ni aucune sunna nous prouvant que cela aurait changé). Cela peut également être renforcé par la tradition rapportée par Aisha que l’une de ses servantes Ansari allait se marier avec un homme Ansari et, entendant cela, le Prophète lui a suggéré pourquoi ne te rends-tu pas au mariage accompagné de lahw (divertissement avec des instruments de musique) car tu sais que les Ansari aiment beaucoup lahw. Cette tradition a été rapportée par al-Bukhari dans son Sahih dans le chapitre du mariage (Sharh Umdat al-qari ala sahih al-Bukhari 20/146 dans les notes de bas de page de la source précédente).

Dans son Ihya ulum al-din (p.1150, vol.6, publié par the Organisation for the Propagation of Islamic Culture 1356AH) al-Ghazali a inclut le 8ème livre traitant de l’écoute, et particulièrement celle des instruments de musique. Il écrit : Si les instruments sont des outils utilisés par des gens pour en inciter d’autres à boire et à commettre des péchés comme les instruments à vent (mazamir) les instruments à corde (awtar) et les tambours[1] (tabl al-kuba) alors ils ne seront pas autorisés. En dehors de cela, tous les autres instruments comme le tambourin (duff) même s’il a des clochettes ou des cloches (jalajil), les tambours[2] (tabl), et les autres, sont autorisés.

Al-Qurtubi a mentionné dans son al-Jami li ahkam al-Quran (vol.14, p.54) une déclaration d’al-Qushayri[3]Les instruments de musique étaient joués devant le Prophète (pour l’accueillir) lors de sa première arrivée à Médine et Abu Bakr voulait sermonner et réprimander ceux qui jouaient de ces instruments mais le Prophète l’a stoppé en disant : laisse-les tranquilles ya Aba Bakr afin que les Juifs (de Médine) apprennent aussi et sachent que notre religion est douce et accommodante ! En conséquence les femmes de Médine ont continué à jouer ces instruments en chantant « nous sommes les filles de Najaar (nom de leur tribu) ! Comme ce sera merveilleux d’avoir Muhammad comme « jaar » (voisin) ! Al-Qurtubi a poursuivi en disant : Il a été dit que la règle concernant l’usage des tambours (tabl) lors des célébrations de mariage est la même que pour l’usage des tambourins (duff). Et c’est la même qui s’applique à tous les autres instruments utilisés dans les célébrations de mariage. C’est permis (yajuz) de les utiliser tant que les paroles ou les vers de la chanson ne sont pas grossiers ou profane (rafath) (voir Ahkam al-quran de Ibn Arabi vol.3, p.1494).

Al-Shawkani (le savant salafi) a mentionné les points de vue de ces savants qui considèrent la musique et les instruments de musique comme haram aussi bien que ceux qui les considèrent comme autorisés dans son Nayl al-Awtar (vol.8, p.104-105) dans le chapitre Les instruments de divertissement. Il a également cité les arguments et les preuves avancés par chaque camp pour soutenir leurs positions. Après le hadith suivant : « toute forme de divertissement est invalide (batil) pour un croyant sauf dans 3 cas : lorsqu’un homme amuse sa femme et sa famille, lorsqu’il entraine son cheval, et lorsqu’il s’exerce au tir à l’arc » al-Shawkani l’a fait suivre d’un commentaire d’al-Ghazzali : Quand le Prophète dit que c’est invalide (batil) ça ne signifie pas ou n’implique pas que ce soit haram. Plutôt, ça veut simplement dire qu’il n’y a aucun bénéfice (faida) dans de tels actes. Al-Shawkani a poursuivi en disant : Ceci (l’affirmation d’al-Ghazzali) est une interprétation et une réponse correcte à cette tradition (ce hadith) parce que ces choses qui n’ont pas de bénéfice/récompense (faida) tombent dans la catégorie des choses permises (mubah). Al-Shawkani a continué en citant d’autres preuves incluant le hadith suivant : Une dame fit un serment (nadhar) à Allah que si Allah faisait que le Prophète rentre sain et sauf d’une bataille elle célèbrerait alors son retour en jouant le tambourin (duff) devant le Prophète. Le Prophète lui permit d’accomplir son vœu à Allah en jouant du tambourin. Cette autorisation du Prophète prouve que ce qu’elle a fait n’était en aucun cas un péché (voir la même source vol.8, p.104-105). Al-Shawkani fait ensuite référence à son propre traité rédigé sous le titre Ibtal dawa al-ijma ala tahrim mutlaq al-sama (la destruction des revendications qu’il y aurait un consensus qui rendrait toutes les formes d’écoute des instruments haram).

Ibn Hazm (de l’école littéraliste et un savant salafi respecté) écrit dans son al-Muhalla (vol.9, p.60) que le Prophèe a dit : Toutes les actions sont jugées sur leurs intentions et chacun obtiendra ce qu’il a eu réellement l’intention de faire. Par conséquent, (comme l’argumente Ibn Hazm) une personne qui écoute de la musique avec l’intention de désobéir à Allah sera jugée comme pécheresse. Ceci s’applique d’ailleurs également à toutes les choses en dehors de la musique. Maintenant, si une personne écoute de la musique avec l’intention de se relaxer pour pouvoir être plus fort et actif dans son engagement pour l’obéissance à Allah elle sera jugée comme étant une personne bonne et active et son acte (d’écouter de la musique) est valide. Si une personne n’a ni l’intention d’obéir ni l’intention de désobéir elle sera jugée comme une personne engagée dans laghw (une action futile) ce qui est excusé et une chose sur laquelle Allah « ferme les yeux ». Ce sera considéré de la même manière qu’une ballade dans un parc (tanazzuh).

Bukhari a inclut une section dans son Sahih (vol.9, p171 vers la fin du chapitre de la demande de permission. Publié par Amiriya Press, année 1305 dans les marges de Sahih Muslim) en tant que chapitre sous le titre « toute forme de divertissement est invalide (batilsi elle maintient l’individu éloigné de l’obéissance à Allah. Dans al-Rashad al-Sari il (Imam Bukhari) ajoute la déclaration suivante après le titre : même si elle aurait été autorisée dans d’autres circonstances, tout comme une personne qui deviendrait tellement préoccupée par l’accomplissement des prières surérogatoires, la récitation du Qur’an, le zikr, ou l’étude de la signification du Qur’an qu’elle en manquerait délibérément le temps des prières obligatoires.

Selon l’école de jurisprudence Hanafite, il a été mentionné dans le livre al-Badai (vol.6, p. 269) d’al-Kasani dans la conversation traitant de la personne dont le témoignage est accepté et crédible devant un tribunal et celle dont le témoignage n’est pas accepté (considéré comme non fiable) : Concernant le témoignage de la personne qui joue des instruments de musique, la cour va voir si les instruments qu’elle joue sont du genre du tambourin et d’autres qui n’incitent pas à commettre des péchés. Dans de tes cas son témoignage sera accepté et le fait qu’il joue de tels instruments n’affectera pas sa fiabilité. Par contre, s’il est connu comme jouant des instruments tels que la flûte (al-ud) ou d’autres qui incitent la personne à commettre des actes répréhensibles, son témoignage ne sera pas considéré comme fiable car de tels instruments ne sont pas autorisés dans certaines circonstances.

Dans Mujma al-Anhar (vol.2, p.198) dans la même conversation il est affirmé que le témoignage d’une personne ne sera pas jugé crédible devant un tribunal si on s’aperçoit qu’elle joue du tanbur (instrument à cordes ressemblant à la mandoline) puisque c’est considéré comme lahw. Ce qui est désigné par tanbur ici c’est tout instrument qui incite les gens aux mauvaises actions. Mais par contre, jouer de toute autre forme d’instruments qui n’ont pas le même effet malsain sur les gens n’affectera pas la fiabilité d’une personne devant une cour à moins qu’elle ne joue de ces instruments en commettant des formes de danse indécentes[4] puisque c’est un péché majeur.

Une position similaire a été exprimée dans le livre al-Durr al-Mukhtar (vol.4, p.398) d’al-Haskafi et les notes en marge (hashiya) de Radd al-Mukhtar par Ibn Abidin, de même que dans al-Mughni d’ Ibn Qudama (vol.10, p.240-242): Les instruments sont de 3 sortes : la première est celle de ceux classés comme haram et il s’agit des awtar[5], des instruments à vent (mazamir), ud (flute), tanbur, al-mazifa, al-ribaab, et d’autres. Une personne qui jouerait régulièrement de ces instruments verrait son témoignage rejeté car considéré comme non-fiable devant un tribunal. La seconde sorte d’instruments est autorisée, par exemple le tambourin (duff) car le Prophète a dit : annoncez vos mariages publiquement en jouant du tambourin. Rapporté par Muslim dans son Sahih. Nos compagnons et ceux d’al-Shafii ont mentionné que jouer du tambourin dans toute autre occasion qu’un mariage est déconseillé/détestable (makruh), il est également déconseillé/détestable (makruh) pour les hommes de jouer du tambourin dans n’importe quelles circonstances. La troisième sorte d’instruments correspond à ceux classés comme makruh (détestable) lorsqu’ils sont associés à des actes haram comme la danse érotique, les applaudissements, et al-ghinaa etc. Si ils ne sont pas associés avec ce genre d’actes alors ils ne seront pas makruh puisqu’ils ne sont pas spécifiquement conçus pour cette finalité. L’école de Shafii dans ce cas a le même avis que la nôtre.

Selon le dictionnaire Lisan al-arab le mot al-lahw fait référence à toute chose ayant le potentiel d’amuser ou de divertir une personne comme la musique aussi bien que d’autres choses. Le terme malahi est utilisé pour faire référence aux instruments de musique (instruments de lahw). Il est déclaré dans al-Misbah al-munir que le sens originel de lahw est tarwih (relaxation et divertissement) d’une manière qui rend une personne au-delà de toute hikma (sagesse).

Il a été mentionné dans la fatwa de Imam al-Akbar[6] (le grand imam) (voir p.375-385 dans Fatawa Shaykh Shaltut Publiée l’année 1379AH/1959ce par le Department of Culture d’Al-Azhar) – le Shaykh Mahmud al-Shaltut – au sujet de l’apprentissage de la musique et son écoute que : Allah a créé l’être humain avec un(e) inclinaison/instinct naturel(le) (ghariza) à aimer les choses belles et plaisantes qui lui font de l’effet. Par conséquent, à travers cette impulsion naturelle il est capable de se calmer, de se stimuler, et de détendre son corps. Par exemple, un être humain de par sa nature est toujours satisfait par de magnifiques paysages tel qu’un jardin bien entretenu, la danse des vagues d’une mer limpide, et il se délecte à la vue d’un beau visage ou l’odeur d’un arôme agréable. La Shari’a ne tente en aucun cas de supprimer ces instincts et impulsions humaines, mais plutôt elle les régule. La modération et l’adoption du juste milieu est le grand principe, le principe en or de l’Islam qui a été affirmé dans le Qur’an dans de nombreux passages, par exemple : O fils d’Adam ! parez-vous et embellissez-vous dans chaque lieu d’adoration (masjid) et mangez, et buvez mais ne commettez pas d’excès. Al-Araf: verse 31. Par conséquent, la shari’a attend de l’être humain qu’il adopte le juste milieu à chaque fois qu’il répond à son instinct/ses penchants naturels. Elle fournit aussi les lignes directrices pour s’assurer que l’amour naturel des humains pour les belles scènes et les magnifiques mélodies reste modéré et ne mène pas à une nuisance ou à un mal.

Sur le même sujet, l’Imam al-Akbar (Shaykh al-Azhar Mahmud Shaltut) a également ajouté qu’une fois il a lu un traité intitulé Idah al-dalalat fi sama al-alat (une explication de la preuve dans l’écoute des instruments de musique) par l’un des grands savants du 11th siècle, connu pour sa piété Shaykh Abdul Ghani al-Nabulusi al-Hanafi qui a déclaré que les traditions (ahadith) utilisées par ceux qui considèrent la musique comme étant haram, même si on acceptait de les reconnaitre authentique, leur signification est toujours rattachée (muqayyad) au fait qu’elles mentionnent le genre de musique qui est accompagné par des actes immoraux, la consommation d’alcool, la fornication, et d’autres vices. En fait, nous ne connaissons aucun hadith condamnant la musique qui n’ait pas mentionné ces péchés. Par conséquent, selon lui, la musique n’est pas haram per se (en soi) mais seulement quand elle est associée ou accompagnée par les péchés ou quand elle devient un moyen menant à un comportement immoral. Si elle est libre de ce genre de problèmes et de péchés alors il sera autorisé de l’écouter, de l’étudier et de participer à des évènements musicaux.

Il a été rapporté du Prophète et de beaucoup de ses Compagnons (sahaba), de leur successeurs (tabi’un), des grands leaders des écoles de jurisprudence qu’ils participaient à des évènements musicaux qui n’étaient pas accompagnés de vices ou d’actes prohibés. C’est l’opinion partagée par beaucoup de savants de la jurisprudence islamique (fuqaha). Leurs fatwa ont conclu qu’écouter des instruments de musique ne peut pas être considéré haram simplement parce qu’ils auraient une mélodie ou un son. Par contre, cela devient haram pour une personne de les écouter seulement si ils deviennent un outil pour inciter les gens à des comportements immoraux et interdits ou quand ils empêchent une personne de remplir ses obligations religieuses. Il devient clair en lisant les textes et les livres des écoles de droit, les textes traitant des versets des injonctions légales (ahkam al-quran), et de la  lexicographie (lugha) que jouer du tambourin aussi bien que des autres instruments est autorisé par consensus (ittifaq) des savants spécifiquement pour encourager l’armée sur le champ de bataille, pour célébrer les mariages, pour accueillir un invité ou une personne rentrant d’un voyage, et pour motiver les gens engagés dans des travaux manuels difficiles et importants. Le seul point de divergence parmi les juristes (fuqaha) pour savoir si la musique est haram ou permise, d’après ce qu’on peut en dire de leurs livres, c’est lorsque la musique est associée et accompagnée par des comportements immoraux et haram comme la consommation de boissons ennivrantes, la danse érotique, la fornication, et autres vices.

Cela apparait être la position des savants Hanafites (voir les sources Hanafites précédemment citées). Ils soutiennent l’avis que jouer des instruments de musique sera autorisé lorsque cela ne mène pas à des comportements immoraux (ghayr al-mustashni) et que cela n’affectera pas le témoignage d’une personne ou sa fiabilité devant un tribunal. Ils définissent le comportement immoral (al-mustashni) comme étant ces genres de danses qui sont répertoriées comme des péchés majeurs.

Le savant Malikite Ibn Arabi (pas Ibn Arabi le Soufi mais le savant du hadith) exprime également un point de vue similaire dans son Ahkam al-quran (voir les sources Malikites précédemment citées) qu’il est permis d’utiliser le tambour autant qu’il est permis d’utiliser le tambourin pour célébrer les mariages, de la même façon que tous les autres instruments utilisés pour annoncer et célébrer des mariages sont autorisés tant que les chanteurs/chanteuses n’ont pas recours à des paroles grossières.

Il est clair après avoir lu Ibn Qudama (la savant Hanbalite) dans son al-Mughni lorsqu’il cite les deux juristes al-Shafi’i et Ahmad Ibn Hanbal qu’il n’est pas en désaccord ni ne s’oppose à la position des Hanafites et des Malikites en ce qui concerne les conditions rattachées à l’autorisation de l’écoute de la musique (qu’elle ne doit pas être accompagnée par le haram).

Chaque fois que les juristes ont statué sur l’utilisation de certains instruments comme étant autorisée tout en en interdisant d’autres, c’était parce que les instruments interdits étaient toujours utilisés dans le but d’inciter l’auditeur à adopter un comportement immoral. Cela ne signifie pas que l’instrument en lui-même est haram. Et nous voyons cela clairement dans la manière dont les juristes Hanafites, Shafi’ites et Hanbalites ainsi que le savant Malikite Ibn Arabi ont expliqué leurs positions soutenant que les instruments de musique ne devaient pas être accompagnés par les actes immoraux et les vices.

Par conséquent, après une étude détaillée et approfondie de tous les arguments pour ou contre la musique, l’auteur du livre al-Sama (l’écoute) Muhammad Ibn Tahir Ibn Ali Ibn Ahmad Ibn Abi al-Hasan al-Shaybani Abu al-Fadl al-Maqdisi plus connu sous le nom de Ibn al-Qaysarani un grand expert dans le domaine du hadith a déclaré qu’il n’y a aucune différence entre un type d’instrument ou un autre puisque qu’il n’existe pas un seul argument tiré d’un texte, authentique ou pas, pour ou contre l’utilisation des instruments. Les savants plus anciens comme Shaykh Abdul al-Ghani al-Nabulsi al-Hanafi qui a été cité auparavant a statué que l’utilisation de tels instruments était autorisée puisqu’il n’existe aucun argument prouvant le contraire. Il a également argumenté que les traditions (ahadith) utilisées par ceux qui s’opposent à l’utilisation des instruments de musique, même en considérant qu’elles seraient authentiques, elles n’ont condamné la musique que lorsqu’elle est accompagnée des produits enivrants, de la fornication et d’autres comportements immoraux. Presque toutes ces traditions mentionnent ces vices comme étant la raison derrière l’interdiction de la musique. C’est également le point de vue d’Ibn Hazm qui soutient l’avis que le jugement pour savoir si la musique est autorisée ou non repose sur l’intention des gens concernés. Donc, si une personne écoute la musique avec l’intention de se relaxer et de se remotiver avant de s’engager dans l’obéissance à Allah elle sera considérée comme une personne vertueuse. Par contre, si elle n’émet aucune intention bonne ou mauvaise, elle ne sera pas tenu de rendre des comptes sur son action et elle sera traitée comme la personne se promenant dans un parc ou étant assise à l’extérieur de sa maison pour prendre l’air.

De façon similaire, l’avis porté par al-Ghazzali (voir les sources précédemment citées par al-Shawkani) dans l’interprétation du hadith «  tout lahw (divertissement) dans lequel le croyant s’engage est invalide » ne prouve ni ne signifie en aucun cas que lahw est interdit (haram) même si on considérait que la chaîne de transmission du hadith serait authentique. Le Quran déclare : « Et ne dites pas, conformément aux mensonges proférés par vos langues « ceci est licite, et cela est illicite », pour forger le mensonge contre Allah. Certes, ceux qui forgent le mensonge contre Allah ne réussiront pas » (al-Nahl, verset 116).

L’argument qui est constamment présenté qu’écouter la musique, l’étudier, et assister à des réunions musicales est haram en se basant sur les principes légaux de sadd al-dharia (lit. Couper les voies/ la précaution) ou de dar mafasid muqaddam ala jalb al-masalih (la prévention de la corruption est prioritaire sur l’acquisition du bénéfice) n’est ni acceptable ni valide car bien que la musique soit parfois associée à la corruption, ce n’est pas habituellement le cas. Par conséquent, dans ce cas cela équivaut à (l’habitude des anciens arabes de) s’assoir le long des rues (ou au coin des rues). Dans une tradition rapportée par Muslim dans son Sahih d’après Abu Said al-Khudri, le Prophète a dit : « Prenez garde à vous assoir le long des rues ! » Les Compagnons lui ont alors répondu en disant « O Prophète d’Allah ! Nous ne faisons pas de mal et nous ne faisons que discuter de sujets importants. » Le Prophète a alors dit « si vous devez absolument vous assoir dans les rues alors assurez-vous de donner à la rue ses droits ». Ils lui ont alors demandé « et quels sont les droits de la rue O Messager d’Allah ? » « Baisser votre regard, ôter les nuisances (objets) du chemin, rendre le salam (salutations) à ceux qui vous le passent, et enjoindre le bien et interdire le mal » (voir Sharh al-sunna de al-Baghawi, 12/3338). A partir de cette tradition on peut déduire que parfois des actes autorisés peuvent devenir interdits lorsqu’ils sont accompagnés ou associés à des comportements immoraux et haram. Dans de tels cas l’interdiction (hurma) sera contingente à l’existence de tels comportements immoraux et haram. En d’autres termes, ce ne sera pas une règle totalement indépendante.

Par conséquent, adopter le juste milieu dans de tels cas est la meilleure position (voir al-Muwafaqat de al-Shatibi, vol.4, p.258). Pour cette raison, nous sommes en faveur de l’avis qu’écouter de la musique, assister à des rassemblements musicaux, étudier la musique de tout genre et tous les genres d’instruments sont autorisés tant que cela n’est pas accompagné par des actes immoraux et haram, ou utilisés comme un moyen d’inciter les gens à adopter un comportement pécheur, et que cela ne détourne pas la personne d’observer les actes d’adoration obligatoires comme statué dans les chapitres d’ al-Bukhari (voir Irshad al-Sari, vol. 2, p.171, les notes dans les marges du Sahih Muslim). Dans de tels cas, cela deviendra haram tout comme s’assoir dans la rue sans respecter les droits de la rue mentionnés dans le hadith. Nous adoptons cette position car Seul Allah et ensuite Son Messager ont la responsabilité de déclarer les choses halal (permises) et haram (interdites) (voir Ilam al-muwaqiin de Ibn al-Qayyim, vol. 1, p. 32). Allah déclare également : « Dis : Qui a interdit la parure d’Allah, qu’il a produite pour Ses serviteurs, ainsi que les bonnes nourritures ? Dis : Elles sont destinées à ceux qui ont la foi, dans cette vie, et exclusivement à eux au Jour de la Résurrection. Ainsi exposons-Nous clairement les signes (versets) pour les gens qui savent. Dis : mon Seigneur n’a interdit que les turpitudes, tant apparentes que secrètes, de même que le péché, l’agression sans droit et d’associer à Allah ce dont Il n’a fait descendre aucune preuve, et de dire sur Allah ce que vous ne savez pas » (al-Araf: versets 32-33). Ibn Arabi déclare (voir son Ahkam al-Quran, vol.2, p.782que les mots « parure d’Allah » (zinat allah) dans le verset plus haut font référence aux beautés de la vie de ce bas-monde comme les beaux habits et ses autres plaisirs car Allah dit : « Et il leur rend licite les bonnes choses, leur interdit les mauvaises » (al-Araf: verset 157). Al-Shawkani a écrit (voir Nayl al-awtar, vol.8, p.105) que le terme « bonnes choses » (tayyibat) dans le verset inclut tous les types et toutes les formes de bonnes choses. Le terme tayyib (bonne chose) est généralement employé pour faire référence aux sources de plaisir. C’est la signification qui vient tout de suite à l’esprit quand le mot est utilisé à moins que le contexte du texte ne suggère que ce n’est pas la signification voulue. De plus, ce terme indique aussi la généralité (umum) et cela signifie que cela inclut toutes les définitions du bien.  Même si on ne devait l’appliquer qu’à certaines de ses significations et pas à toutes, les significations qui viennent immédiatement à l’esprit quand le terme est employé seraient les plus appropriées. Al-Izz Ibn Abd al-Salam a également déclaré que la signification de al-tayyibat (bonnes choses) dans ce verset sont les sources de plaisir.

Et Allah le Tout-Puissant sait mieux.

[1] Tabl al-kuba est un type de tambour dont je cherche toujours à savoir de quoi il s’agit exactement et à quoi il ressemble. A partir du texte d’al-Ghazali il semble qu’il soit différent du tabl dans les notes de bas de page numéro 2 ci-dessous. Mumisa.

[2] Tabl- tambours différents de ceux de la note de bas de page numéro 1 apparemment. J’aurai les détails bientôt insha-Allah à partir de lisan al-Arab ou Taj al-arus à la Bibliothèque.

[3] Al- Qushayri (d. 465H/1074CE).

[4] Le mot arabe employé pour décrire ce type de danse est yatafahasha dérivé de fahusha qui signifie au sens littéral : l’emploi d’un langage obscène, l’adultère et la prostitution, les vices. Il est utilisé pour faire référence aux danses érotiques, à la danse du ventre et aux autres formes de danse associées au sexe.

[5] J’en saurai plus à propos ces instruments arabes et leur utilisation très bientôt insha-Allah.

[6] Un titre utilisé pour faire référence au grand imam d’al-Azhar et, dans le cas présent, cela fait référence au Shaykh Mahmud al-Shaltut.